Et pendant ce temps là, au Vénézuela…

Un autre regard sur ce qui s’y passe

La dictature?… Y’a pire! … pour peu qu’on s’y interesse. 15novembre, 2007

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«La dictature?… Y’ a pire!»

…pour peu qu’on s’y intéresse

Je ne m’appelle ni Pierre, ni Paul, ni Jacques, mais moins important encore, je ne suis ni Norvégien, ni diabétique, ni végétarien, ni même membre du club de Rome. Ce qui est sur, c’est que je suis Charpentier, que je vis depuis bientôt un an au Vénézuela et que je ne serai le vendeur de rien en m’adressant à toi.

Enfin, moi et mon avis comptons pour un et c’est avec tout ça que je voudrais simplement te raconter, ce que sont mes impressions, mes sentiments, mes doutes ou mes certitudes autour du projet révolutionnaire Bolivarien.

Je ne suis pas arrivé tout seul au Vénézuela. Nous étions deux. Moi et mes encombrants fantasmes révolutionnaires, ce qui par chance ne nous a pas valu de surtaxe à l’aéroport.

Je me disais que le jour où quelquepart dans le monde se proposerait un projet d’organisation nouvelle, j’en serai. De mes deux jambes, de mes 10 doigts, de ma peau peut être, que je serai des plus determinés dans tous les cas.

Vous excuserez ma grossierté mais je souhaite participer de la construction d’un monde nouveau, juste et solidaire. En soit quelque chose de facile à imaginer en retournant la copie de celui que l’on connait. Son simple contraire suffirait donc,… a priori.

Au Venezuela on parlait anticapitalisme, droit à l’audodétermination, répartition des terres et des richesses, démocratie participative et union des pays du Sud, on entendait ailleurs populisme, démagogie, autoritarisme ou dictature.

«Ce que je fais… ma lunette a moi»

Depuis le début du mois de mars je travaille comme instructeur de charpente dans le cadre d’un projet pilote d’école de restaurateurs populaires. La création de cette école a été decidée dans le cadre d’un projet plus large de restauration globale du quartier colonial de la Pastora. A l’Ouest de Caracas, le quartier de la Pastora fut l’une des premières constructions de la ville.

Jadis quartier des élites intellectuelles et économiques, puis abandonné par ces mêmes pour des constructions modernes à l’Est de la ville, la Pastora est aujourd hui un barrio de classes populaires, semblable a ses voisins, avec d’inedit pour lui le fait d’être de type patrimonial.

Les maigres ressources économiques de cette communauté, le manque de connaissances aussi parfois de celle-ci sur les critères de conservation de son habitat, et puis bien sur le poids des ans, ont fait que l’ensemble de ce patrimoine architectural se trouve aujourd’ hui dans un état de délabrement très avancé quand celui ci n’est pas tout simplement effondré ou substitué par du parpaing, des taules ou du béton. Bref, certains appellent la Pastora le «rancho patrimonial», autrement dit la doyenne des barrios de Caracas.

Une école de constructeurs populaires donc. Populaires d’abord, mais pourquoi? Parce que c’est à la propre communauté de la Pastora que l’invitation est faite de se former aux métiers de restaurateurs et d’être donc elle même la main du maçon, du peintre, du charpentier ou du paysagiste.

Alors quoi? Realiser la rénovation globale d’un quartier patrimonial, soit. Le faire dans le sens d’un mieux être de sa communauté d’habitants, soit. Mais s’imposer de le faire de la main même de ses habitants fait que nous ne parlons déjà plus tout a fait de n’importe quel projet de restauration.

Autrement dit, déverser quelques millions d’euros et faire intervenir 200 entreprises d’un jour sur l’autre a la Pastora était une possibilté. La plus simple, la moins ambitieuse mais aussi la plus attendue de la part d’ un gouvernement démagogue et populiste, je vous le rappelle.

Y créer une lieu d’enseignement, de découverte de son habitat et de son histoire, en faire l’occasion d’une proposition large de professionalisation et surtout, tenter de faire sienne à la communauté la réaccomadation de son habitat, en était une autre. C’est l’idee qui a été retenue ici et qui l’est à chaque fois qu’une participation communautaire est envisageable, ce qu’etablit d’ailleurs noir sur blanc la constitution Bolivarienne.

Bref, les Pastoreños vont peindre, scier, clouer, bècher et planter, démolir et reconstruire, rater, et recommencer, ils vont suer le redessin de leur communauté et ça, c’est precisement ce qui les lira d’une toute autre manière à ce qui est leur bien.

Avant même la question de ce qui fait un habitat digne ou non, pouvons nous, nous-mêmes, nous projeter dans les murs d’un autre? Est-ce qu’il ne faut pas les avoir batis, pensés, discutés, changés, ou chargés d’une histoire pour qu’ils deviennent nôtre et nous en approprient le lieu? Et bien ce qui est vrai à un niveau individuel l’est aussi à un niveau collectif.

«Approprier» est le préalable indispensable à l’organisation de mille autres dimensions de la collectivité. Sa vie sociale, culturelle ou économique, la question de l’organisation de ses déchets, de ses espaces publiques, tout, absolument tout, à partir du moment où l’on se sent liés et dignifiés dans ce que l’on a et qu’à present on souhaite conserver et améliorer.

Voilà l’ambition profonde de ce projet de restauration de l’habitat à la Pastora. C’est celle que je voulais vous raconter parce qu’elle illustre une intention première de cette révolution à faire du citoyen l’acteur du changement, et donc du politique, un exercice citoyen.

Enfin, je voulais dire aussi que s’il n’avait s’agit que d’obtenir un électorat chaviste a la Pastora, faire intervenir ces mêmes 200 entreprises aurait suffit.

(Annexes;- projet a Baruta -obtention des titres de proprietes au Manicomio-poubelles a la quebrada)

Pour vous présenter maintenant un autre aspect de ce projet de restauration à la Pastora, je voudrais vous parler un peu de mes Pastoreños à moi. Harold, Jonatan, Randy, Jitson, Gancho, Domingo, el Chino et Cristian. Ma star academy Charpente/Couverture. Un dénominateur commun à cette equipe, peu d’instruction scolaire et les portes d’une ascension sociale dégondées.

Avant ça, je voudrais vous raconter une autre histoire.

Randy a travaillé pendant plusieurs années pour une entreprise d’installation de lignes téléphoniques. Il y a toujours fait la même chose. Installer de part en part d’une maison les câbles de la ligne. Il savait tout faire, ou presque, de A a Y seulement. Le Z lui était refusé, autrement dit le moment où les cables étaient connectés et où un appel téléphonique consistait à faire la demande de recensement de la ligne. Randy n’etait pas à peu de l’apprendre. Il me disait que cette étape était la seule à lui manquer après quelques mois déjà d’entreprise. Peut-être que dix ans de plus n’auraient pas suffi.

L’école republicaine n’est encore aujourd hui au Vénézuela qu’en chantier, les portes d’études superieures le sont encore moins et comme on ne peut malheureusement pas compter sur les aptitudes naturelles de nos sociétés a s’autoniveler, l’oeil simple permet de constater ici au Vénézuela des formes plus ou moins grossières d’apartheid social. Elles sont liées, entre autre, comme les doigts à la main, à la question de l’accès à la connaissance.

Et ça va loin, au point que beaucoup ici considèrent qu’«apprendre» ne leur correspond pas. Je peux planter des clous, je peux casser des murs, par contre je ne peux pas compter, je ne peux pas concevoir ni même l’apprendre. C’est intégré et il faut du temps et de l’énergie pour s’en defaire. Du temps et de l’énergie pour admettre que le mètre carré n’a rien de réservé aux polytechniciens, aux génies à lunettes, d’autres qu’eux en soi. Et bien une fois passé ce champs d’ornieres vous devriez voir le tapis rouge déroulé et les volumes d’enthousiasme et de fierté enclenchés. Je les arrète plus, c’est désormais à moi de les calmer, sans ça on en fait effectivement des polytechniciens et moi je me retrouve tout seul sur le chantier. Je rigole évidemment mais si je me rappelle mes premières années d’apprentissage je crois pas avoir le souvenir d’un collègue aussi jubilant et motivé. C’était pas moi en tout cas.

Voilà, je voulais vous parler de cette autre dimension du projet de l’école de constructeurs populaires. Elle est chouette et ambitieuse encore ici. Elle ne concerne évidemment que les dimensions de ce projet mais elle illustre aussi une autre intention du processus révolutionnaire de faire de chaque occasion une opportunité d’apprentissage et donc d’ascension sociale.

Ne vous inquiétez pas, les critiques ne manquent pas, et ne manqueront pas. J’essaie d’abord de dégrossir un peu tout ça, poser quelques idées, la tâche n’est pas facile. Et en fait, pourquoi c’est dur? Pas tellement parce que j’ai faim, que j’ai une jambe dans le platre et que je ne peux pas descendre acheter du pain. Mais parce que parler d’une autre région du monde, de surcroît quand elle est engagée dans un processus politique aussi méconnu et diffamé que celui là, et bien il faut recommencer depuis zéro, changer d’occuliste et réaborder tout, vide de références, pour ne commencer seulement qu’à piger «poco a poco», ou «petit a petit» comme disent souvent les vieux ici.

-«la dictature donc, … y a pire»

Je serais bien incapable de te faire un topo global du projet révolutionnaire bolivarien. C’est évidemment trop de choses et à l’arrivée une somme de trucs que je ne peux pas du tout ordonner. De plus, j’y passerai pas 10 jours, alors je t’invite à chercher tout ça toi meme. C’est pas les sites qui manquent pour peu qu’on les lise dans leur contexte. Ce que je peux faire par contre c’est te raconter des trucs pèle-mêle et donc en oublier mille autres.

Mais par quoi commencer?

Déjà l’histoire du projet de rénovation de la Pastora illustre 2 intentions essentielles de ce gouvernement :

– descendre le politique en arrétant d’en faire une activité indépendante de la vie du citoyen. Le «pour et par». Ils disent ici «co-responsabilité». Les politiques, le Politique, est au service de sa communauté, à elle de se rencontrer, de s’organiser, débattre, travailler puis de le saisir. Il y aurait beaucoup d’exemples à citer ici, sur des lieux et champs differents.

– ensuite, s’attaquer à la colonne vertébrale d’une société inégalitaire : l’accès au savoir. Lettrer, former, casser les structures de la reproduction sociale et faire de chaque occasion une opportunité à l’apprentissage, à la formation. On peut désormais gratuitement et à tout âge, le soir ou les samedis, apprendre à lire et à écrire, reprendre une instruction primaire ou secondaire, préparer un Bac ou suivre une formation universitaire….. 3 de mes élèves préparent leur bac, mon ancienne proprio apprend à lire et écrire, elle a 68 ans.

Bon, seulement le projet de la restauration de la Pastora ne dit pas tout. Dommage. Je suis bien emmerdé maintenant pour savoir quoi et comment continuer. Tant pis, il faut désormais passer par la case «constitution bolivarienne», elle pose, de fait, les cadres de ce projet révolutionnaire et ne nécessite ni aspegic, ni traducteur.

Tout d’abord il faut savoir que cette constitution n’a été écrite ni des dix doigts d’Hugo Chavez, ni de ceux de Valerie Giscard d’Estaing, cela dit personne ne l’avait soupçonné. Elle est le résultat du dépouillement d’une gigantesque consultation nationale, de la mère de famille à l’agriculteur des Andes, du taxi aux communautés indiennes d’Amazonie ou d’ailleurs. Rappelez vous comme il a été agréable de ne pas avoir été invité a participer à l’écriture de la constitution européenne. Rappelons nous aussi de son résultat. Serait-ce trop difficile ou serions nous trop cons pour le faire? Je crois plus simplement qu’ils ne seraient pas tout a fait en mesure d’assumer nos suggestions et que d’ailleurs elles ne les intéressent même pas semble-t-il. Bref, nous ne l’avons pas fait et ça en dit long, le Vénezuela l’a fait et ca en dit long aussi.

…. je continue.

– Les consultations populaires, ou référendums, sont démultipliées et là on n’aura jamais vu dictature et dictateur aussi laxistes, écoutez ca :

Les mandats sont révocables à mi parcours. Si un nombre égal ou superieur à 20% de l’électorat en fait la demande, on reprocèdera à une élection de mi mandat qui dira si l’élu est revoqué ou maintenu. De la même manière, un texte de loi contesté par un nombre égal ou superieur à 10% d’électeurs fera l’objet d’une consultation. Enfin cerise sur le gateau, un décret presidentiel lui même peut etre soumis à référendum au delà d’ une demande de plus de 5% de sa population.

– Les droits indigènes.

Ils sont inespérés en Amerique Latine. Non seulement on reconnaît ses peuples, leurs particularités sociales, économiques, culturelles et de cosmovisions mais en plus on s’astreint de les protéger et de les promouvoir! Le zéro % de ces droits va bientôt fêter le 14eme anniversaire de guerre entre l’ EZLN et le gouvernenment Mexicain. Ce si poli gouvernement mexicain, cette si impeccable démocratie mexicaine. Pas de bruit, pas vu. Combien d’autres lieux et formes de négations de ces peuples ailleurs en Amerique Latine? Combien et depuis combien de temps? Mais c’est comme ca, le Vénezuela est grossier, le Mexique ou ces voisins de bon gout.

– Les droits à une sexualité gigantesque, libertine et de type polygamique:

Article 44 de la constitution : «En tous lieux et heures les vénézueliennes et vénézueliens, ou étranger vivant depuis plus de un an sur le sol vénezuelien, (ce qui est mon cas) ont le devoir systematique de ……………., énorme…t’………., …………..plus envie». Non j’déconne y’a pas ca. C’était pour que vous veniez!

Y’a pas non plus l’interdiction formelle de travailler quand on en n’a pas envie.

Bon plus sérieusement, je vais pas additionner quarante autres éléments de la constitution. Il faudrait ensuite aussi s’enchainer ce qu’est la ribambelle de programmes sociaux, la réforme agraire, etc… J’ai la flemme et puis tu peux le faire. Voilà déjà en tout cas quelques perles significatives des intentions politiques vénezueliennes. Elles n’ont rien a nous envier et balancent un sacré coup de vieux aux cadres de nos organisations européennes.

Le maire de Londres s’est fait botter le cul pour avoir déclarer que la constitution bolivarienne était la plus progressiste au monde. Je ne sais pas si c’est vrai, on peux dire en tous cas, texte pour texte, qu’elle va au dela des ambitions de notre si indiscutable constitution française. Par la même occasion, on peut dire qu’il existe bel et bien des coups de pieds au cul dont on peut être fier.

Autre chose quand meme, le projet régional bolivarien.

En peu de mots : casser les structures de «domination» (pour le dire très poliment) du Nord sur le Sud et substituer chacune de ses pierres par une contre proposition d’organisation horizontale et autonome. Proposition de création de la Banque du Sud pour se défaire des doigts collants et mal intentionnés du FMI ou de la Banque Mondiale. Mise en place de traités économiques alternatifs a ceux du TLC. Multiplication des partenariats industriels et de recherche. Mutiplication des programmes d’aide au développement. Multiplication des échanges non marchands (pétrole contre medecin , pétrole contre instituteurs, pétrole contre formations universitaires (Cuba), pétrole contre bétail ou lait (Argentine, Colombie), pétrole contre maïs ou haricots céréales (Guatemela, Salvador, Nicaragua, Bolivie, Equateur) etc…). Développement d’infrastructures de transports et de communication. Démultiplication des ambassades et relations diplomatiques vers l’Afrique ou l’Asie.
Bref, tout ce qui participe de la création de liens économiques, sociaux, humanitaires ou culturels des pays du Sud et ce dans l’idée d’établir, enfin, des conditions de développement, d’échange et d’entraide. Son contraire donc, quasi mot pour mot. Le grand voisin du Nord lui, est hors jeu, on ne lui demande ni son avis, ni ses bénédictions. Voilà, ces grands chantiers sont en route ou en gestation, ils portent en eux le culot d’une libération et l’ambition de faire de la politique autrement.

Bon, c’est ici que j’arrète, cette partie est définitivement trop chiante a écrire parce qu’elle ne peut qu’aller dans tous les sens, enfiler les perles, survoler et oublier mille autres choses, à commencer par le pourquoi du comment. Tout ça vous le trouverez ailleurs, je voulais juste donner à gros traits une idée des intentions significatives de ce projet. Je passe maintenant où ça fait mal, le «mais des fois ça fait chier quand même»

«…. mais des fois ça fait chier quand même»

«Con et en plus fait exprès», «con mais par contre fait pas exprès», et «la faute à qui?», voilà trois manières d’ordonner les mille et une critiques à faire sur ce processus révolutionnaire.

-«con et fait exprès»

Je crois qu’en numéro un nous avons les amitiés improbables de Chavez : Amanhineyad, président de l’Iran, en tête à mes yeux. J’ai sûrement une vision bien naïve de ce qu’est la politique internationale, c’est pourquoi je veux bien admettre que le Vénézuela comme les autres ait à serrer la pince de mille doigts réactionnaires, anti démocratiques ou assassins. Le Vénézuela et l’Iran ont une thématique capitale en commun. La question de la souveraineté énergetique. Elle a à voir fondamentalement d’ailleurs avec la question plus large des conditions de libération et de développement des pays du Sud. Si c’est ainsi, qu’ils travaillent donc ensemble sur ce sujet. Mais qu’ils le fassent dans la limite des distances de leurs projets politiques respectifs. Selon moi et jusqu’à preuve du contraire, l’Iran d’Amanhineyad n’est pas un ami de la révolution bolivarienne et ne mérite donc de fait ni amitiés privilégiées, ni démonstrations de respect particulier. Chavez dessert ici le projet bolivarien en offrant a ses ennemis l’occasion de l’amalgamer. La liste peut être étendue, les empoignades de bien pietres projets d’émancipation ne manquent pas.

Autre chose. La valorisation excessive de l’armée vénézuelienne. Peut-être qu’ici des dimensions profondes de l’Amérique Latine m’échappent. L’armée et ses canons sont de fait un orgueil national peut-être même l’image d’un pays en essor. Ils font ici en tout cas l’objet de trop larges et fréquents articles de presse ou speech présidentiels. L’arrivée d’helicos ou de kalashs sont quasi l’occasion de fêtes nationales, en tout cas de cérémonies en grandes pompes. Je ne crois pas que le Vénezuela soit aujourd’hui spécialement dans une logique d’armement. La forme elle, fait chier, mais c’est encore peut-être pas tout à fait piger les dimensions des choses. Je prefererais moins en entendre parler et limiter encore les occasions de voir carricaturer Chavez.

Autre chose. Grave. Les portes du dialogue national peuvent être parfois claquées sur la gueule des vénezueliens. Le Vénezuela est un pays coupé en deux. D’un coté les chavistes, de l’autre, les anti-chavistes. Sur chacun des flancs de cette sale guerre, (j’y reviendrai plus bas) quantité de vénezueliens a perdre ou convaincre. Le non renouvelement de la concession du canal d’opposition Rctv ne m’a pas du tout posé probleme. Rctv «est» une chaine (elle diffuse maintenant sur le câble) violemment anti-démocratique, putshiste et mensongère. Qu’elle aille donc bouffer du pain sec sur le satellite, elle et ses escrocs à micros. Ma déception n’est pas là. J’attendais par contre deux choses. La première, une consultation nationale. Elle aurait légitimée ou pas le non renouvellement d’rctv et puis elle aurait permis aussi l’énorme occasion d’un dialogue national sur la question des moyens de communication. Ensuite, je voulais voir une autre gestion de ce conflit de la part de Chavez. Bien sur, il faut absolument mesurer comme les dés de ce conflit étaient pipés. C’est une usine à billets de banque qui a été mise au service du mouvement d’oppositon à la fermeture d’Rctv. L’occasion était trop belle de parler défense des droits de la presse et par la même, hurler dictature! Il fallait donner du volume à ce mouvement, tenter de lui donner de la gueule, la gueule d’une mobilisation massive et contre Chavez . Il est rentré dans le panneau, tous n’étaient pas instrumentalisés et ne demandaient qu’un peu plus d’écoute, de débats ou d’explications. Je crois qu’y compris chez des chavistes, beaucoup de vénezueliens ne se sont pas sentis entendus ou pris en compte sur ce sujet. Ca craint.

En l’écrivant, je me demande quand même si ce paragraphe ne devait pas plutôt rentrer dans les «mais la faute à qui?». Tant pis je le laisse ici, il est quand même à cheval.

-«con mais fait pas exprès»

Je crois que ce qui fait le plus flipper sur l’avenir de ce processus c’est l’incompétence hallucinante de beaucoup de ceux qui sont censés le mener. A des niveaux de responsabilité cruciaux on peut trouver, au choix, un ou une : cancre, arriviste, paumé(e), branleur(se) ou voleur(se), moins souvent quelqu’un de compétent et bien intentionné. Je le vois dans mon travail et je l’entends d’à peu près n’importe quel autre projet. C’est l’une des raisons essentielles des difficultés et échecs que rencontre la mise en oeuvre de cette révolution. C’est parfois désespérant, il faudra du temps pour armer ce projet de gens dignes et aptes à le mener.

La bureaucratie. Autrement dit la plaie. Une de plus et une belle. Ce processus s’en passerait bien. Les vénezueliens et le Vénezuela ont plus que jamais besoin d’une administration et d’un Etat réactif, ils ont à la place un boulet d’institution. La bureaucratie tue l’action du processus et à petit feu l’espoir de voir des changements forts s’opérer rapidement.

La corruption. Autrement dit la gangrène. La Gan-Grrrrrène! Ici et à peu près partout ailleurs en Amérique Latine tout s’achète et sans chichi. Un flic, un médecin, un député, un permis de conduire ou des grenades de l’armée. La révolution bolivarienne ne l’a pas inventé, pas même le Vénézuela. Si on veut parler corruption en Amérique Latine, il faut parler culture! C’est terrible. Bref, le Vénézuela et cette révolution malheureusement ne font pas exception, c’est une grande vidange intestinale à réaliser, il faudra du temps, pas mal de temps probablement.

-«la faute à qui dejà?» On écrase de son poids mais sans toucher de ses doigts. Pas vu pas pris, je t’étouffe par contre c’est pas moi qui pousse.

La révolution vénézuelienne compte peu d’amis, c’est peu de le dire. Non contente de cela, elle se paie par contre le luxe de s’enregistrer les pires ennemis de ce monde.

Elle est désormais menacée de mort et ce depuis le jour ou elle a prononcé ses premiers mots, ses premiers voeux. Ce n’est pas le paranoïaque que je ne suis pas qui le dit, c’est le sort que réserve l’histoire à toute véleité d’indépendance.

La révolution bolivarienne est depuis cette date mise en danger et le sera sûrement toute sa vie.

Elle le sera toute sa vie parce qu’elle est tout simplement anti-capitaliste et que l’on ne rigole pas avec l’argent de ce monde. Elle le sera toute sa vie parce qu’elle est émancipatrice aussi et qu’ on ne rigole pas non plus avec les libertés des peuples du Sud. Enfin elle le sera toute sa vie, parce qu’on ne laisse pas respirer une bête que l’on ne peut soumettre.

Elle sera étouffée, vivante, ou déjà morte à l’image de Cuba mais tout, et plus, sera mis en oeuvre pour qu’elle ne puisse s’exprimer, se réaliser, ne serait ce que s’essayer librement.

Il existe deux manières de faire la guerre. Celle des mains dans la confiture, autrement dit celle qui tâche. C’est celle de la force et l’illégalité. Celle du coup d’état d’Avril 2002, celle de la grève patronale de… 2004 ou celle de tentatives d’assassinats politiques, passés ou a venir.. Elle n’a fait jusqu’à présent que dévoiler la nature profonde des opposants de Chavez et renforcer la cohésion de ses partisans.

Aujourd’hui une autre cuisine est en place. C’est celle du petit feu, plus lente mais moins salissante. Elle consiste a pourrir le jeu et ses conditions puis à attendre que l’adversaire passe à la faute.

On ne se prive d’aucune forces, moyens ni procédés. En fait il ne suffit que de beaucoup d’argent et de journalistes.

Les puissances économiques du pays sont cordialement invitées à se rencontrer autour de petits fours et tables rondes. Il leur sera demandé d’unir leurs forces et autorités pour entraver et saboter autant qu’elles le puissent la marche et équilibre de ce processus. Il ne manque ensuite que les médias, les leurs d’ailleurs, pour mensonger, diffamer, manipuler et rédiger l’histoire d’une lutte pour la liberté. Tout est en place, les pieds et mains de l’adversaire sont liés, au processus, dans ces conditions de prendre tous les risques puisque le temps lui est compté. A lui d’avancer, faire, agir, créer, défendre et convaincre, et ce, dans les cadres du mensonge et de l’entrave qui lui sont imposés. Voilà une manière intelligente de faire la guerre; elle coûte du fric en journalistes, cravates et autres effets spéciaux, par contre elle économise des balles et la gêne de les tirer. On ne tue que la vérité et l’espoir, le sang, lui, ne coule pas, c’est bien joué.

Il ne reste donc qu’à attendre le faux pas, que la soupe soit chaude, j’y viens.

Ce que je vous racontais de la gestion du conflit autour d’Rctv en est un exemple.

Rctv est une télévision putshiste, elle n’aurait sa place dans aucune démocratie de ce monde. Il fallait qu’elle dégage. Aux potes d’Rctv de se mettre en branle, crisper les dents, pourrir le débat et ses conditions puis inviter à hurler dictature et mort a Chavez. Les portes du dialogue furent claquées et ce sur le dos des opinions de nombre de vénezueliens et donc des dimensions les plus profondes du processus. Celles du débat, de la concertation nationale. Poussé a la faute, ce gouvernement s’est viandé ici. Il a remis en question ses fondamentaux et sort perdant de ce conflit. L’opposition elle, une fois ses larmes de crocodile séchées, peut se frotter les mains, elle est déjà en train de gagner.

La participation aux élections révocatrices de juillet nous renvoie à une autre illustration de cette idée. Elle a été minable. Il fallait pourtant éjecter nombre d’elus chavistes incompétents ou vérolés par l’argent et le pouvoir, beaucoup souhaitaient leur révocation, bien peu l’ont demandée. Cet outil précieux de vie politique est remis à plus tard, ce n’est pas le moment de se diviser, pas le moment de s’en servir. L’électeur chaviste mange son poing, l’élu véreux, lui, reste en place.

Mais jusqu’à quand alors? Combien de temps faudra-t-il encore pour voir les cadres de cette constitution enfin libres de s’excercer? Libres d’interférences, de parasitages et entraves… Libres de s’essayer pleinement, libre tout simplement?

Pour le moment l’heure est à l’union et la défense de ce projet, on serre les coudes et les boulons, on avale de travers de temps en temps, les autocritiques nécessaires et par camions entiers sont remises à plus tard et on fait payer parfois aux ambitions profondes de cette révolution le prix de cette sale guerre, toujours la même, la lutte pour l’autodétermination et une proposition nouvelle d’organisation de la société.

«Le Vénézuela c’est genial, la France c’est de la merde!»

Pas du tout, ni même aucune des deux moitiés de cette phrase. Non, non, non et non! Pour preuve un vénezuelien qui le pense est tout aussi con qu’un français qui le dit.

Seulement, et ne croyez pas que ce qui va suivre ne me fait pas suer, la France, c’est à dire moi, toi, nous, est bien fatiguée d’etre ce qu’elle est.

Pour faire des grands pas faut regarder devant, et loin devant. Faut pas être kiné pour le savoir et ça c’est ce qu’on fait plus. Pas de projets collectifs, pas même d’envies collectives, encore moins un désir à être ensemble, pas de projections, de visions sur l’avenir, zéro, bref, plus d’idées, ni même l’envie, autrement dit, la panne.

«Merde!» Alors voilà, qu’est ce qu’on fait si on regarde plus devant? beh on regarde derrière. On se retourne, on regarde la tronche et les poches de son voisin, on se désigne des ennemis, on leur montre les dents et dès qu’on en a l’occasion, feu!

Vous savez ce qui marche ici au Venezuela? Ce qui marche c’est précisement une proposition sur l’avenir. Tout simplement. Une proposition dont on pensera ce que l’on veut mais à qui on ne pourra pas enlever d’avoir réveillé dans son pays des forces de discussions énormes. Ici il est bien difficile de trouver quelqu’un sans opinion. C’est sur, vous me direz qu’ici les projets politiques ne s’affrontent pas sur le détail. Mais c’est parce que ce sont finalement moins des projets politiques que de vraies visions du monde, de la richesse, de la justice, de l’histoire ou l’avenir en soit, que cette société vénezuelienne est si vive, créatrice, dans le vrai ou l’erreur, l’ambition ou la connerie.

«Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose!» C est Brigitte Fontaine qui dit ca. Et beh c’est ça.

On regarde plus que nos pieds. On regarde plus que nos pieds tellement on a peur de s’arrêter figé. «j’fais pas du sur place, j’fais pas du sur place, j’fais pas du sur place» ou «j’ai la pêche, j’ai la pêche, j’ai la pêche». C’est pour dire, on a presque même arrêté de se regarder le nombril.

Pourquoi elle est chiante à mourir notre société? Beh la réponse est dans la question; parce qu’elle se fait chier! Tout simplement. Et pourquoi elle se fait chier? Beh naturellement, parce qu’elle sait plus quoi faire, ou inventer. Moi par exemple, quand je sais plus quoi faire beh j’me fais chier et quand je me fais chier beh j’ai les joues qui gonflent, les épaules qui tombent et le dos qui courbe. Beh c’est pareil, ça fait quoi tout ça; beh une tête de con.

Bon beh c’est ce même malade qui veut donner des leçons? Et de quoi déjà? De démocratie? De vitalité politique? De grand journalisme? Une tête de con orgueilleuse et prétentieuse en plus.

«Nous sommes préoccupés par la situation politique au Vénezuela». Imaginez un instant Chavez le dire de la France. Ah non, nous par contre tout va bien, on aurait tellement d’avance d’ailleurs qu’on n’en serait même déjà arrivés à la fin du jeu. On attendrait les autres alors?

Et la gueule des dernières élections présidentielles? «participation historique! la démocratie se porte bien!,…. ouf!» Tout de suite derrière les législatives,…. «oh merde, participation minable, fausse alerte! Chié!» C’est ça une société qui va bien et qui peut se permettre de donner des leçons? On a passé la main. Aujourd’hui et pour le moment, c’est plus en Europe qu’on s’invente, qu’on rêve et qu’on marche ensemble.

Ca reviendra, j’en suis sûr. C’est juste trop tôt. Comme un futur bon pinard à vieillir. J’ai confiance, il y a des raisons d’espérer. Le P.S est à l’article de la mort et la droite arme le barillet de son tir dans le pied.

On trouvera des nouvelles formes, de nouveaux objectifs, d’autres ambitions, alors seulement, on leur bottera le cul et avec le sourire,….enfin.

Voilà, en somme écrire ce texte n’avait qu’une intention. Je voudrais te dire de mes quelques décibels comme la réalité d’une tentative d’organisation nouvelle ne correspond jamais ni aux récits de nos médias ni à la naiveté de nos fantasmes. Le processus révolutionnaire bolivarien est bardé d’erreurs et de risques, il reste irréductible en une chose: sa tentative magnifique de justice, de liberté, de courage et d’imagination que personne, sauf le meuteur, ne pourra nier.

Vive la révolution, Vive Chavez.

Philippe

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One Response to “La dictature?… Y’a pire! … pour peu qu’on s’y interesse.”

  1. Jean Claude Gourdon Says:

    Philippe,
    Bravo pour cette analyse que je partage totalement. Marié avec une vénézuélienne depuis 10 ans, je suis avec attention ce qui se passe dans ce pays, où nous avons d’ailleurs l’intention de vivre. De gauche mais pas encarté, je me considère comme un partisan critique de Chavez et de sa révolution bolivarienne pacifique. Comme toi, je suis intéressé par cette nouvelle société qu’il cherche à créer, même si à mon avis, le chemin sera long. J’espère simplement qu’on lui laissera le temps de le faire. Par contre, pour y arriver, il ne doit pas se couper du peuple, qui le soutient mais qui risque de se lasser si rien ne change en profondeur. Mes beaux-parents habitent dans un barrio de Maturin, et soutiennent Chavez, mais se plaignent de ne pas voir les choses changer aussi rapidement qu’ils le souhaiteraient. Et je partage un peu leur point de vue, quand je vois l’absence de réseaux d’assainissement, la collecte des ordures ménagères plus que fantaisiste, avec les problèmes d’insalubrité que cela entraine. Je suis d’accord avec toi, beaucoup trop d’opportunistes ou de corrompus gangrènent le processus. Et la corruption endémique n’arrange rien. Il faut vraiment que les citoyens s’investissent dans les Conseils Communaux pour prendre en charge eux-même leur environnement, à condition qu’ils arrivent à oublier leur individualisme et à raisonner dans le sens de l’intérêt collectif, ce qui ne sera pas facile à mon avis. Ca ne l’est déjà pas en France, alors là-bas…
    Ceci étant dit, je serais intéressé de savoir comment se déroule ton expérience d’instructeur en charpente au sein de cette communauté.
    Cordialement
    Jean Claude


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