Allez, je me lance à vous expliquer ce qu’il se passe ici. Petite tentative de déchiffrage des derniers et récents événements politiques qui agitent le pays et plus largement la région. Trois points à éclaircir absolument. Le premier est « l’accrochage » qui a eu lieu le week-end dernier entre Chavez d’un côté et le roi d’Espagne et Zapatéro de l’autre. Le second est le rôle de Chavez dans sa tentative d’intervention dans la problématique colombienne : « otages-FARC-Plan Colombie » Le troisième, le plus complexe : le réforme constitutionnelle en cours ici et les rôle des étudiants de l’opposition.Pour commencer donc : 1. Le week-end dernier avait lieu à Santiago (Chili) la réunion de tous les chefs d’états latinos américains ou plus justement dit de tous les pays « hispanophones ». A l’image des sommets des chefs d’états « francophones » largement décriés par chez nous, ce genre de sommet à pour but de renforcer les coopérations et partenariats entre pays parlant la même langue ou, d’un autre point de vue, de réaffirmer pour l’ancienne puissance coloniale espagnole son emprise sur le continent latino. J’exagère un peu (c’est fait exprès) dans le sens ou le néo-colonialisme espagnole est très largement moins important que le français sur ses anciennes colonies africaines…quoique…l’exemple dont il est question aujourd’hui tendrait à prouver le contraire… : Samedi 10 novembre, fin de séance de travail des présidents. Zapatéro, est fatigué des différentes interventions de Chavez qui n’a cessé de s’en prendre à Aznar (vous vous souvenez, l’ancien dirigeant espagnol valet de Bush et de Blair, et compagnon de guerre des américains en Irak…). Premier éclaircissement : Pourquoi Chavez en veut il à ce point à Aznar ? Parce qu’Aznar, participe (depuis son mandat et continue aujourd’hui au travers de différentes fondations universitaires ultras catholiques et conservatrices…basées aux USA) à différentes déstabilisations du gouvernement vénézuélien qu’il hait du plus profond de son âme d’homme de droite. Encore aujourd’hui très actif (nous le verrons dans le point trois de ce mail) Aznar et ses sbires agissent donc de manière souterraine et versatile en plein territoire vénézuélien comme si ils étaient chez eux…Ce qui n’est évidemment pas du tout du goût de Chavez qui ne se prive de le dénoncer en public chaque fois qu’il le peut. Mais que viens donc faire Zapatéro (de gauche, ennemi politique d’Aznar) la dedans ? Reprenons cette fameuse réunion donc : le dirigeant espagnol demande à son homologue vénézuélien de cesser de s’en prendre à Aznar. Son argument est de dire qu’Aznar ayant été élu démocratiquement par les espagnols chaque fois que Chavez s’en prend à lui ( Chavez traitait Aznar de fasciste) il insulte le peuple espagnol dont il faut respecter le vote. Là-dessus Chavez coupe la parole à Zapatéro en remettant une couche sur Aznar, le roi d’Espagne perd alors son sang-froid et crie à l’encontre de Chavez : « Porque no te callas ? » (littéralement : « pourquoi tu ne la ferme pas ? ») rabroué immédiatement par la président de séance (pour un roi bonjour la honte). Trois erreurs selon moi : - Zapatéro confond démocratie et manipulation, Chavez n’ayant jamais remis en question le vote du peuple espagnol mais l’attitude « putschiste » d’Aznar (élu ou pas ses actes peuvent et doivent être considérés dans un contexte précis). Sans compter le peu de diplomatie (j’irai même jusqu'à dire de jugeote quand l’on connaît la popularité de Chavez en Amérique Latine) de Zapatero qui se permet de faire des remontrances à un chef d’état devant toutes les télés du monde et devant tous les présidents latinos. - Chavez aurait gagné à ne pas couper ainsi la parole au seul dirigeant européen qui le soutien (géo-stratégiquement et politiquement, ça n’est pas très fin) - Le roi d’Espagne (conservateur de droite également) se croit, pour sa part, sûrement encore en pleine conquête du continent sud-américain pour oser adopter une attitude si néo-coloniale en pleine montée de forces progressistes de gauches libérées de toutes chaînes coloniales : l’erreur est grave, les vénézuélienEs sont ici très, très en colère… 2-Très court, parce qu’il faudrait plus d’un livre entier pour entrer dans cette problématique : la Colombie, voisine du Venezuela. Pour celles et ceux qui l’ignorent les FARCs détiennent Bétancourt certes mais également 44 autres otages occidentaux. De son côté, il faut le savoir, le gouvernement colombien détient plus de 500 guérilléros FARC dans ses geôles. Sarkosy ayant fait de la libération de Bétancourt un élément fort de sa politique étrangère, il ne se gène donc pas pour mettre la pression à Alvaro Uribe (président Colombien) en lui demandant de relâcher la bride sur les FARC afin de négocier une libération puis de l’autre côté de tenter d’approcher Chavez (politiquement complètement son opposé) qu’il a invité en France le 20 novembre prochain. Mais Uribe se fout de Sarkosy puisqu’il est soutenu par les Etats-Unis dans leur « guerre contre le terrorisme », appelé ici le plan Colombie. Chavez pour sa part veut surtout pouvoir réussir à ramener le calme dans la région du sud du Venezuela appelée « Apure » ou règne un chaos complet (on peut même dire un état de guerre). Car cette région, à la frontière avec la Colombie, subit des affrontements entre FARC, para-militaires (mercenaires étasuniens organisé en milices armées), les deux armées régulières colombo-vénézuéliennes, les paysans vénézuéliens très armés aux aussi (très proche des FARC) et deux communautés indiennes (proche également des FARCS). Chavez a donc rencontré il y a quelques jours à Caracas, un émissaire des FARCS à qui il a demandé une preuve de vie des otages (il aimerait arriver en France le 20 avec cette preuve). Nous avons donc ici trois intérêts complètement divergent. Le premier : Uribe, valet des états-unis qui n’a qu’une idée en tête : en finir avec ces « terroristes avec qui l’on ne discute pas » afin de recevoir son su-sucre des USA, le deuxiéme : Sarkosy qui, pour son unique gloire personnelle, désire de toutes ses forces réussir la ou Chirac à échoué, enfin un Chavez bien embété qui se retrouve à devoir négocier de tous les côtés quant on sait qu’il est plutôt proche idéologiquement des FARCS, qu’il ne peut faire l’économie d’une entente plutôt détendue d’avec son voisin Colombien pourtant soutenu par son principal ennemi (les Etats-Unis) et enfin un peut-être nouvel allié en Europe qui ne pourrait lui faire de mal géo-politiquement : la France… À suivre donc… 3-Attention accrochez vous, la ça devient bien compliqué. Chavez à fait une série de propositions en Août dernier pour une réforme de la constitution (je n’entre pas dans le détail du débat des articles proposés à la réforme mais grosso-modo ses propositions sont, selon moi, plutôt intéressantes à quelques articles prés). Cette proposition à été voté à l’Assemblée nationale en faveur (l’AN est très largement chaviste puisque l’opposition, lors des dernières élections législatives, a refusé de présenter des candidats pour pouvoir ensuite mieux la critiquer, manœuvre classique de déstabilisation). Dans la foulée cette réforme est donc proposée maintenant à référendum au peuple vénézuélien, vote prévu pour le 2 décembre prochain. L’opposition est contre cette réforme purement et simplement et même bêtement. Alors qu’elle gagnerait à demander un débat sur le fait de voter non pas pour l’ensemble des articles par le biais d’un oui ou d’un non bien connu de par chez nous mais plutôt pour les articles un à un. Bref en tout cas tout cela peut se discuter. Le problème c’est qu’ici au Venezuela on ne discute pas…Pour ou contre, avec ou en face, ami ou ennemi, pauvre ou riche : la société est ici divisée en deux camps bien distincts qui se haïssent profondément. Mais mon propos ne se base pas sur cette discussion (qui serait pourtant souhaitable). Ce que je voulais vous exposer ce sont les méthodes de revendication de l’opposition. J’ai été contacté par un ami espagnol qui vit ici et réalise des documentaires pour participer à un reportage (pour une télé appelé AVILA TV, récente et très « djeun’s » dans ses programmes et son dynamisme…et chaviste évidemment) sur les mouvements de protestation étudiants qui s’opposent à cette réforme. Ces étudiants viennent pour la grande majorité d’universités privés mais aussi de l’université publique principale de Caracas depuis longtemps devenue une fac réservé à l’élite riche du pays. Ce reportage présente l’intérêt de mener une investigation dans ces milieux étudiants pas tout à fait comme les autres. En effet, vue de l’extérieur (j’ai lu des articles dans Le Monde et Libé allant dans ce sens c’est pour cela que je veux rectifier), ce mouvement qui se présente comme pacifiste, résistant au « régime » en place, impulsé par les étudiants eux-mêmes peut faire penser aux mouvements d’étudiants (généralement plutôt de gauche et progressistes) que l’on connaît en Europe. La réalité est ici tout autre. Retour en arrière. Tout le monde se souvient de la Serbie et de son président dictateur Milosevic. On se souvient également que ce sinistre personnage fut (en partie) détrôner grâce à une mobilisation étudiante très forte et très organisée. Cette organisation étudiante qui mit sur pied un puissant réseau pacifique de résistance à la dictature serbe s’appelait « Résistance » en serbe : « OTPOR ». Rapidement ce mouvement (dont l’emblème est un poing fermé et levé vers le ciel) se fait remarquer et reçoit le soutien financier important des Etats-Unis par le biais de deux fondations : l’institut nationale des républicains et le National Empowrment for Democracy. Malgré le fait évident (et très génant) d’une ingérence de la part de structures étrangères dans ce cas précis, on se dit quand même : « bon c’est bien, de toute façon Milosevic était un salaud, pour une fois les Etats-Unis ont appuyé les bons… » Certes, mais allons plus loin. La révolution Orange en Ukraine ça vous dit quelque chose ? Et la Révolutions des Œillets en Georgie ? En effet, dans ces deux pays l’on retrouve le même mouvement : OTPOR et ses mêmes soutiens financiers avec un petit nouveau : l’Albert Einstein Institute. Le message des Etats-Unis est clair : fini la CIA et ses actions secrètes et guerrières pour faire tomber des gouvernements qui ne leurs sont favorables. Aujourd’hui l’empire finance (en plein jour sans avoir à se cacher, toutes les infos sont trouvables sur le net) des groupuscules déjà implantés (souvent étudiants plus facilement manipulables) qui vont entraîner avec eux des mouvements de protestation « pacifiques » (que les USA vont même jusqu’a former à Boston) pour réussir, dans les deux cas précités, à renverser les gouvernements en place. Quels liens avec le Venezuela… ? Et bien oui, le même mouvement est ici présent, OTPOR, le même symbole du poing levé, les mêmes fondations qui financent tout cela, les mêmes formations à la « guerre » médiatique (d’ou le fait qu’en France n’arrivent que de fausses infos sur le Venezuela) et à la déstabilisation en bloquant par exemple certains produits (on ne trouve plus de lait ici depuis un mois et demi…). Entreprises privées, mouvement étudiants, recteurs et professeurs d’universités, chaînes de télévision et presse privés tous unis et financés (en plus d’être déjà tous très riches…) par des fondations américaines et par une fondation catholique ultra-conservatrice espagnole appartenant à…Aznar…Étrange tout ça hein ? Voilà un peu le topo, sous couvert de pacifisme, leur violence est en plus totale contre la police et la population chaviste (première fois que je vois une police encadrer une manif complètement désarmée : ordre du gouvernement pour éviter toute bavure.) Exemple de manipulation médiatico-politique, violente qui plus est : Nous avons assisté à une séquestration d’étudiants chaviste minoritaires à l’université centrale réfugiés dans un bâtiment qui non seulement était mitraillé par les étudiants de l’opposition, mais ils ont aussi tenté d’y mettre le feu ! ( entre étudiants, si ça n’est pas du barbarisme ça…) La fac étant territoire autonome, la police et l’armée ne peuvent y entrer (sauf décision du recteur qui dans ce cas est un anti-chaviste acharné donc refus). Les sequestrées (principalement des filles étudiants dans le social) n’ont eu d’autres choix que d’appeler tous leurs amis des barrios. Résultat : une demi heure plus tard au beau milieu des coups de feu des étudiants de l’opposition débarquent une quinzaine de motards cagoulés super armés qui viennent délivrer les étudiantes (sorte de commando descendu des quartiers). Les caméras de la principale chaîne de télé d’opposition (Globovision) sont la : elles filment le commando super armé qui tire dans tous les sens pour protéger les séquestrées : tout est dans la boite, les chavistes sont les violents : on envoi les images au monde entier… Voilà pour vous donner un petit exemple de la façon dont se prennent ces soi-disant pacifistes. Le pire est que sur tous les aspects : symboles, formes d’organisation, récupération des sites indymedias, messages, ils paraissent être des militants de gauches…ils utilisent les mêmes réseaux, la même communication, la même forme de protestation… Mais ils leur manque quelque chose a ces faux étudiants rebelles : le peuple…le peuple n’est pas avec eux… ! Yann
tu vis au venezuela . qui prequentes tu? LES GENS DU PEUPLE?
1er le peuple etait tres content que le roi d’Espagne dise tais toi à Chavez . c’est devenu le slogan ici.
Chavez est un dictateur . et non un social ,pendant qu il affame son peuple et laisse l’inflation passee les 50%.
LE NON EST PASSE , ET COMME CHACUN LE SAIT LE RESULTAT ETAIT FAUSSE .IL Y AVAIT AU MOINS 70% DE NON .
ALORS SORS DE CHEZ TOI ET ARRETE DE REGARDER LA TV CHAVISTE SACHANT QU IL POSSEDE QUAND MEME 8 CHAINES PAS MAL NON POUR UN DEMOCRATE . SVP SORS DE TES LIVRES TU PARLES COMME EUX . VIS AVEC EUX .
Depuis la France, SOLIDAIRES AVEC LE PROCESSUS BOLIVARIEN !
Nous savons très bien que los escualidos -en general, no todos- mienten bastante, y aka en francia la gente se esta dando cuenta poco a poco de lo que son…
Vive le peuple vénézuelien, le VRAI ! ! ! !
vision très subjective en effet, mais c’est pas la peine de s’énerver nathalie ! Je vis aussi au Venezuela et j’ai des idées très différentes de celles exposées ici. Pas à l’opposé (cessons les idées simplistes) mais tout simplement démocrates. Non ce qui est dit ici n’est pas la vérité de la majorité des venezueliens, mais elle est sûrement la vérité de certains d’entre-eux. Ceux qu’on appelle ici les “boli-burgueses” les bolibourgeois, soit disant révolutionnaires et vrais nouveaux riches. Pis y’a des idealistes aussi, et là je crois qu’on en tient un ! Les idéalistes vivent certainement plus heureux que les fatalistes dont je fais partie !
A++ cuidate
oh oui c’est vrai…terrible dictature que celle qui sévit aujourd’hui au Venezuela…et la majorité des vénézuéliens qui soutient le processus bolivarien ne serait-elle formée que de crétins ?…pour avoir séjourné au Venezuela je pense que non. Après si on confond démocratie et sociale -démocratie, pour se dire démocrate c’est grave…de moins en moins de gens veulent une démocratie, vide de tout contenu, sauce PS français ou chilien (les vénézuéliens ont fait un choix, respectons-les !). Quant à l’opposition qui souhaite renverser le gouvernement en fomentant des coups d’état, des lock-out patronaux, et autres trouvailles de ce genre, je doute fort de son integrité démocratique et collective. Depuis Buenos Aires, un soutien chaleureux mais néanmoins critique au processus bolivarien ! ! Un bisou aux escualidos qui m’ont insulté bien comme il faut lors de mon séjour en 2005, je les porte dans mon coeur…mua mua mua !
PS / Gael, je pense que tes belles idées démocrates, tu pourrais les partager avec les “boliburgueses” comme tu les appelles (y m’fait rire ce terme, surtout lorsqu’il vient de la haute société vénézuélienne), je ne pense pas que tu sois rejeté, et ton coté fataliste s’estomperait au profit de l’action, de l’élaboration d’une société différente..
Salut Yann,
Je crois que nous étions à l’école ensemble. Peux-tu me contacter à l’adresse suivante : okinoxe@gmail.com
Merci
Nathalie…. puisque tu vis donc au venezuela, il ne sera pas necessaire de te demander ni ou et ni avec qui tu discutes le bout de gras… le meme qui fait maigrir le “peut etre?” et fait grossir le “c est sur!” Attention tout de meme aux vies trop grasses, elles enquilosent, elles alourdissent, elles enlaidissent.
bisou st doux