Et pendant ce temps là, au Vénézuela…

Un autre regard sur ce qui s’y passe

Un documentaire à ne pas rater : El Movimiento Estudiantil Burgués 11décembre, 2007

Classé dans : A voir — laness @ 10:36  

http://www.youtube.com/watch?v=S3E5TSzpcfE

(le sous-titrage est à venir)

 

Vénézuela, mes propositions d’éclaircissement… 25novembre, 2007

Classé dans : Regard — laness @ 11:03  
	Allez, je me lance à vous expliquer ce qu’il se passe ici. Petite

tentative de déchiffrage des derniers et récents événements politiques qui

agitent le pays et plus largement la région.

Trois points à éclaircir absolument.

	Le premier est « l’accrochage » qui a eu lieu le week-end dernier entre

Chavez d’un côté et le roi d’Espagne et Zapatéro de l’autre.

	Le second est le rôle de Chavez dans sa tentative d’intervention dans la

problématique colombienne : « otages-FARC-Plan Colombie »

	Le troisième, le plus complexe :  le réforme constitutionnelle en cours

ici et les rôle des étudiants de l’opposition.Pour commencer donc :

1. Le week-end dernier avait lieu à Santiago (Chili) la réunion de tous

les chefs d’états latinos américains ou plus justement dit de tous les

pays « hispanophones ». A l’image des sommets des chefs d’états «

francophones » largement décriés par chez nous, ce genre de sommet à pour

but de renforcer les coopérations et partenariats entre pays parlant la

même langue ou, d’un autre point de vue, de réaffirmer pour l’ancienne

puissance coloniale espagnole son emprise sur le continent latino.

J’exagère un peu (c’est fait exprès) dans le sens ou le néo-colonialisme

espagnole est très largement moins important que le français sur ses

anciennes colonies africaines…quoique…l’exemple dont il est question

aujourd’hui tendrait à prouver le contraire… : Samedi 10 novembre, fin de

séance de travail des présidents. Zapatéro, est fatigué des différentes

interventions de Chavez qui n’a cessé de s’en prendre à Aznar (vous vous

souvenez, l’ancien dirigeant espagnol valet de Bush et de Blair, et

compagnon de guerre des américains en Irak…).

Premier éclaircissement : Pourquoi Chavez en veut il à ce point à Aznar ?

Parce qu’Aznar, participe (depuis son mandat et continue aujourd’hui au

travers de différentes fondations universitaires ultras catholiques et

conservatrices…basées aux USA) à différentes déstabilisations du

gouvernement vénézuélien qu’il hait du plus profond de son âme d’homme de

droite. Encore aujourd’hui très actif (nous le verrons dans le point trois

de ce mail) Aznar et ses sbires agissent donc de manière souterraine et

versatile en plein territoire vénézuélien comme si ils étaient chez eux…Ce

qui n’est évidemment pas du tout du goût de Chavez qui ne se prive de le

dénoncer en public chaque fois qu’il le peut.

Mais que viens donc faire Zapatéro (de gauche, ennemi politique d’Aznar)

la dedans ? Reprenons cette fameuse réunion donc : le dirigeant espagnol

demande à son homologue vénézuélien de cesser de s’en prendre à Aznar. Son

argument est de dire qu’Aznar ayant été élu démocratiquement par les

espagnols chaque fois que Chavez s’en prend à lui ( Chavez traitait Aznar

de fasciste) il insulte le peuple espagnol dont il faut respecter le vote.

Là-dessus Chavez coupe la parole à Zapatéro en remettant une couche sur

Aznar, le roi d’Espagne perd alors son sang-froid et crie à l’encontre de

Chavez : « Porque no te callas ? » (littéralement : « pourquoi tu ne la

ferme pas ? ») rabroué immédiatement par la président de séance (pour un

roi bonjour la honte).

Trois erreurs selon moi :

-	Zapatéro confond démocratie et manipulation, Chavez n’ayant jamais remis

en question le vote du peuple espagnol mais l’attitude « putschiste »

d’Aznar (élu ou pas ses actes peuvent et doivent être considérés dans un

contexte précis). Sans compter le peu de diplomatie (j’irai même jusqu'à

dire de jugeote quand l’on connaît la popularité de Chavez en Amérique

Latine) de Zapatero qui se permet de faire des remontrances à un chef

d’état devant toutes les télés du monde et devant tous les présidents

latinos.

-	Chavez aurait gagné à ne pas couper ainsi la parole au seul dirigeant

européen qui le soutien (géo-stratégiquement et politiquement, ça n’est

pas très fin)

-	Le roi d’Espagne (conservateur de droite également) se croit, pour sa

part, sûrement encore en pleine conquête du continent sud-américain pour

oser adopter une attitude si néo-coloniale en pleine montée de forces

progressistes de gauches libérées de toutes chaînes coloniales : l’erreur

est grave, les vénézuélienEs sont ici très, très en colère…

2-Très court, parce qu’il faudrait plus d’un livre entier pour entrer dans

cette problématique : la Colombie, voisine du Venezuela. Pour celles et

ceux qui l’ignorent les FARCs détiennent Bétancourt certes mais également

44 autres otages occidentaux. De son côté, il faut le savoir, le

gouvernement colombien détient plus de 500 guérilléros FARC dans ses

geôles.

Sarkosy ayant fait de la libération de Bétancourt un élément fort de sa

politique étrangère, il ne se gène donc pas pour mettre la pression à

Alvaro Uribe (président Colombien) en lui demandant de relâcher la bride

sur les FARC afin de négocier une libération puis de l’autre côté de

tenter d’approcher Chavez (politiquement complètement son opposé) qu’il a

invité en France le 20 novembre prochain. Mais Uribe se fout de Sarkosy

puisqu’il est soutenu par les Etats-Unis dans leur « guerre contre le

terrorisme », appelé ici le plan Colombie.

Chavez pour sa part veut surtout pouvoir réussir à ramener le calme dans

la région du sud du Venezuela appelée « Apure » ou règne un chaos complet

(on peut même dire un état de guerre). Car cette région, à la frontière

avec la Colombie, subit des affrontements entre FARC, para-militaires

(mercenaires étasuniens organisé en milices armées), les deux armées

régulières colombo-vénézuéliennes, les paysans vénézuéliens très armés aux

aussi (très proche des FARC) et deux communautés indiennes (proche

également des FARCS).

Chavez a donc rencontré il y a quelques jours à Caracas, un émissaire des

FARCS à qui il a demandé une preuve de vie des otages (il aimerait arriver

en France le 20 avec cette preuve).

Nous avons donc ici trois intérêts complètement divergent. Le premier :

Uribe, valet des états-unis qui n’a qu’une idée en tête : en finir avec

ces « terroristes avec qui l’on ne discute pas » afin de recevoir son

su-sucre des USA, le deuxiéme : Sarkosy qui, pour son unique gloire

personnelle, désire de toutes ses forces réussir la ou Chirac à échoué,

enfin un Chavez bien embété qui se retrouve à devoir négocier de tous les

côtés quant on sait qu’il est plutôt proche idéologiquement des FARCS,

qu’il ne peut faire l’économie d’une entente plutôt détendue d’avec son

voisin Colombien pourtant soutenu par son principal ennemi (les

Etats-Unis) et enfin un peut-être nouvel allié en Europe qui ne pourrait

lui faire de mal géo-politiquement : la France…

À suivre donc…

3-Attention accrochez vous, la ça devient bien compliqué.

 Chavez à fait une série de propositions en Août dernier pour une réforme

de la constitution (je n’entre pas dans le détail du débat des articles

proposés à la réforme mais grosso-modo ses propositions sont, selon moi,

plutôt intéressantes à quelques articles prés). Cette proposition à été

voté à l’Assemblée nationale en faveur (l’AN est très largement chaviste

puisque l’opposition, lors des dernières élections législatives, a refusé

de présenter des candidats pour pouvoir ensuite mieux la critiquer,

manœuvre classique de déstabilisation). Dans la foulée cette réforme est

donc proposée maintenant à référendum au peuple vénézuélien, vote prévu

pour le 2 décembre prochain. L’opposition est contre cette réforme

purement et simplement et même bêtement. Alors qu’elle gagnerait à

demander un débat sur le fait de voter non pas pour l’ensemble des

articles par le biais d’un oui ou d’un non bien connu de par chez nous

mais plutôt pour les articles un à un. Bref en tout cas tout cela peut se

discuter. Le problème c’est qu’ici au Venezuela on ne discute pas…Pour ou

contre, avec ou en face, ami ou ennemi, pauvre ou riche : la société est

ici divisée en deux camps bien distincts qui se haïssent profondément.

Mais mon propos ne se base pas sur cette discussion (qui serait pourtant

souhaitable). Ce que je voulais vous exposer ce sont les méthodes de

revendication de l’opposition.

J’ai été contacté par un ami espagnol qui vit ici et réalise des

documentaires pour participer à un reportage (pour une télé appelé AVILA

TV, récente et très « djeun’s » dans ses programmes et son dynamisme…et

chaviste évidemment) sur les mouvements de protestation étudiants qui

s’opposent à cette réforme. Ces étudiants viennent pour la grande majorité

d’universités privés mais aussi de l’université publique principale de

Caracas depuis longtemps devenue une fac réservé à l’élite riche du pays.

Ce reportage présente l’intérêt de mener une investigation dans ces

milieux étudiants pas tout à fait comme les autres. En effet, vue de

l’extérieur (j’ai lu des articles dans Le Monde et Libé allant dans ce

sens c’est pour cela que je veux rectifier), ce mouvement qui se présente

comme pacifiste, résistant au « régime » en place, impulsé par les

étudiants eux-mêmes peut faire penser aux mouvements d’étudiants

(généralement plutôt de gauche et progressistes) que l’on connaît en

Europe. La réalité est ici tout autre.

Retour en arrière. Tout le monde se souvient de la Serbie et de son

président dictateur Milosevic. On se souvient également que ce sinistre

personnage fut (en partie) détrôner grâce à une mobilisation étudiante

très forte et très organisée. Cette organisation étudiante qui mit sur

pied un puissant réseau pacifique de résistance à la dictature serbe

s’appelait « Résistance » en serbe : « OTPOR ». Rapidement ce mouvement

(dont l’emblème est un poing fermé et levé vers le ciel) se fait remarquer

et reçoit le soutien financier important des Etats-Unis par le biais de

deux fondations : l’institut nationale des républicains et le National

Empowrment for Democracy. Malgré le fait évident (et très génant) d’une

ingérence de la part de structures étrangères dans ce cas précis, on se

dit quand même : « bon c’est bien, de toute façon Milosevic était un

salaud, pour une fois les Etats-Unis ont appuyé les bons… » Certes, mais

allons plus loin. La révolution Orange en Ukraine ça vous dit quelque

chose ? Et la Révolutions des Œillets en Georgie ? En effet, dans ces deux

pays l’on retrouve le même mouvement : OTPOR et ses mêmes soutiens

financiers avec un petit nouveau : l’Albert Einstein Institute. Le message

des Etats-Unis est clair : fini la CIA et ses actions secrètes et

guerrières pour faire tomber des gouvernements qui ne leurs sont

favorables. Aujourd’hui l’empire finance (en plein jour sans avoir à se

cacher, toutes les infos sont trouvables sur le net) des groupuscules déjà

implantés (souvent étudiants plus facilement manipulables) qui vont

entraîner avec eux des mouvements de protestation « pacifiques » (que les

USA vont même jusqu’a former à Boston) pour réussir, dans les deux cas

précités, à renverser les gouvernements en place. Quels liens avec le

Venezuela… ? Et bien oui, le même mouvement est ici présent, OTPOR, le

même symbole du poing levé, les mêmes fondations qui financent tout cela,

les mêmes formations à la « guerre » médiatique (d’ou le fait qu’en France

n’arrivent que de fausses infos sur le Venezuela) et à la déstabilisation

en bloquant par exemple certains produits (on ne trouve plus de lait ici

depuis un mois et demi…). Entreprises privées, mouvement étudiants,

recteurs et professeurs d’universités, chaînes de télévision et presse

privés tous unis et financés (en plus d’être déjà tous très riches…) par

des fondations américaines et par une fondation catholique

ultra-conservatrice espagnole appartenant à…Aznar…Étrange tout ça hein ?

Voilà un peu le topo, sous couvert de pacifisme, leur violence est en plus

totale contre la police et la population chaviste (première fois que je

vois une police encadrer une manif complètement désarmée : ordre du

gouvernement pour éviter toute bavure.)

Exemple de manipulation médiatico-politique, violente qui plus est :

Nous avons assisté à une séquestration d’étudiants chaviste minoritaires à

l’université centrale réfugiés dans un bâtiment qui non seulement était

mitraillé par les étudiants de l’opposition, mais ils ont aussi tenté d’y

mettre le feu ! ( entre étudiants, si ça n’est pas du barbarisme ça…) La

fac étant territoire autonome, la police et l’armée ne peuvent y entrer

(sauf décision du recteur qui dans ce cas est un anti-chaviste acharné

donc refus). Les sequestrées (principalement des filles étudiants dans le

social) n’ont eu d’autres choix que d’appeler tous leurs amis des barrios.

Résultat : une demi heure plus tard au beau milieu des coups de feu des

étudiants de l’opposition débarquent une quinzaine de motards cagoulés

super armés qui viennent délivrer les étudiantes (sorte de commando

descendu des quartiers). Les caméras de la principale chaîne de télé

d’opposition (Globovision) sont la : elles filment le commando super armé

qui tire dans tous les sens pour protéger les séquestrées : tout est dans

la boite, les chavistes sont les violents : on envoi les images au monde

entier…

Voilà pour vous donner un petit exemple de la façon dont se prennent ces

soi-disant pacifistes. Le pire est que sur tous les aspects : symboles,

formes d’organisation, récupération des sites indymedias, messages, ils

paraissent être des militants de gauches…ils utilisent les mêmes réseaux,

la même communication, la même forme de protestation…

Mais ils leur manque quelque chose a ces faux étudiants rebelles : le

peuple…le peuple n’est pas avec eux… !

Yann
 

La dictature?… Y’a pire! … pour peu qu’on s’y interesse. 15novembre, 2007

Classé dans : Regard — laness @ 1:17  

 

«La dictature?… Y’ a pire!»

…pour peu qu’on s’y intéresse

Je ne m’appelle ni Pierre, ni Paul, ni Jacques, mais moins important encore, je ne suis ni Norvégien, ni diabétique, ni végétarien, ni même membre du club de Rome. Ce qui est sur, c’est que je suis Charpentier, que je vis depuis bientôt un an au Vénézuela et que je ne serai le vendeur de rien en m’adressant à toi.

Enfin, moi et mon avis comptons pour un et c’est avec tout ça que je voudrais simplement te raconter, ce que sont mes impressions, mes sentiments, mes doutes ou mes certitudes autour du projet révolutionnaire Bolivarien.

Je ne suis pas arrivé tout seul au Vénézuela. Nous étions deux. Moi et mes encombrants fantasmes révolutionnaires, ce qui par chance ne nous a pas valu de surtaxe à l’aéroport.

Je me disais que le jour où quelquepart dans le monde se proposerait un projet d’organisation nouvelle, j’en serai. De mes deux jambes, de mes 10 doigts, de ma peau peut être, que je serai des plus determinés dans tous les cas.

Vous excuserez ma grossierté mais je souhaite participer de la construction d’un monde nouveau, juste et solidaire. En soit quelque chose de facile à imaginer en retournant la copie de celui que l’on connait. Son simple contraire suffirait donc,… a priori.

Au Venezuela on parlait anticapitalisme, droit à l’audodétermination, répartition des terres et des richesses, démocratie participative et union des pays du Sud, on entendait ailleurs populisme, démagogie, autoritarisme ou dictature.

«Ce que je fais… ma lunette a moi»

Depuis le début du mois de mars je travaille comme instructeur de charpente dans le cadre d’un projet pilote d’école de restaurateurs populaires. La création de cette école a été decidée dans le cadre d’un projet plus large de restauration globale du quartier colonial de la Pastora. A l’Ouest de Caracas, le quartier de la Pastora fut l’une des premières constructions de la ville.

Jadis quartier des élites intellectuelles et économiques, puis abandonné par ces mêmes pour des constructions modernes à l’Est de la ville, la Pastora est aujourd hui un barrio de classes populaires, semblable a ses voisins, avec d’inedit pour lui le fait d’être de type patrimonial.

Les maigres ressources économiques de cette communauté, le manque de connaissances aussi parfois de celle-ci sur les critères de conservation de son habitat, et puis bien sur le poids des ans, ont fait que l’ensemble de ce patrimoine architectural se trouve aujourd’ hui dans un état de délabrement très avancé quand celui ci n’est pas tout simplement effondré ou substitué par du parpaing, des taules ou du béton. Bref, certains appellent la Pastora le «rancho patrimonial», autrement dit la doyenne des barrios de Caracas.

Une école de constructeurs populaires donc. Populaires d’abord, mais pourquoi? Parce que c’est à la propre communauté de la Pastora que l’invitation est faite de se former aux métiers de restaurateurs et d’être donc elle même la main du maçon, du peintre, du charpentier ou du paysagiste.

Alors quoi? Realiser la rénovation globale d’un quartier patrimonial, soit. Le faire dans le sens d’un mieux être de sa communauté d’habitants, soit. Mais s’imposer de le faire de la main même de ses habitants fait que nous ne parlons déjà plus tout a fait de n’importe quel projet de restauration.

Autrement dit, déverser quelques millions d’euros et faire intervenir 200 entreprises d’un jour sur l’autre a la Pastora était une possibilté. La plus simple, la moins ambitieuse mais aussi la plus attendue de la part d’ un gouvernement démagogue et populiste, je vous le rappelle.

Y créer une lieu d’enseignement, de découverte de son habitat et de son histoire, en faire l’occasion d’une proposition large de professionalisation et surtout, tenter de faire sienne à la communauté la réaccomadation de son habitat, en était une autre. C’est l’idee qui a été retenue ici et qui l’est à chaque fois qu’une participation communautaire est envisageable, ce qu’etablit d’ailleurs noir sur blanc la constitution Bolivarienne.

Bref, les Pastoreños vont peindre, scier, clouer, bècher et planter, démolir et reconstruire, rater, et recommencer, ils vont suer le redessin de leur communauté et ça, c’est precisement ce qui les lira d’une toute autre manière à ce qui est leur bien.

Avant même la question de ce qui fait un habitat digne ou non, pouvons nous, nous-mêmes, nous projeter dans les murs d’un autre? Est-ce qu’il ne faut pas les avoir batis, pensés, discutés, changés, ou chargés d’une histoire pour qu’ils deviennent nôtre et nous en approprient le lieu? Et bien ce qui est vrai à un niveau individuel l’est aussi à un niveau collectif.

«Approprier» est le préalable indispensable à l’organisation de mille autres dimensions de la collectivité. Sa vie sociale, culturelle ou économique, la question de l’organisation de ses déchets, de ses espaces publiques, tout, absolument tout, à partir du moment où l’on se sent liés et dignifiés dans ce que l’on a et qu’à present on souhaite conserver et améliorer.

Voilà l’ambition profonde de ce projet de restauration de l’habitat à la Pastora. C’est celle que je voulais vous raconter parce qu’elle illustre une intention première de cette révolution à faire du citoyen l’acteur du changement, et donc du politique, un exercice citoyen.

Enfin, je voulais dire aussi que s’il n’avait s’agit que d’obtenir un électorat chaviste a la Pastora, faire intervenir ces mêmes 200 entreprises aurait suffit.

(Annexes;- projet a Baruta -obtention des titres de proprietes au Manicomio-poubelles a la quebrada)

Pour vous présenter maintenant un autre aspect de ce projet de restauration à la Pastora, je voudrais vous parler un peu de mes Pastoreños à moi. Harold, Jonatan, Randy, Jitson, Gancho, Domingo, el Chino et Cristian. Ma star academy Charpente/Couverture. Un dénominateur commun à cette equipe, peu d’instruction scolaire et les portes d’une ascension sociale dégondées.

Avant ça, je voudrais vous raconter une autre histoire.

Randy a travaillé pendant plusieurs années pour une entreprise d’installation de lignes téléphoniques. Il y a toujours fait la même chose. Installer de part en part d’une maison les câbles de la ligne. Il savait tout faire, ou presque, de A a Y seulement. Le Z lui était refusé, autrement dit le moment où les cables étaient connectés et où un appel téléphonique consistait à faire la demande de recensement de la ligne. Randy n’etait pas à peu de l’apprendre. Il me disait que cette étape était la seule à lui manquer après quelques mois déjà d’entreprise. Peut-être que dix ans de plus n’auraient pas suffi.

L’école republicaine n’est encore aujourd hui au Vénézuela qu’en chantier, les portes d’études superieures le sont encore moins et comme on ne peut malheureusement pas compter sur les aptitudes naturelles de nos sociétés a s’autoniveler, l’oeil simple permet de constater ici au Vénézuela des formes plus ou moins grossières d’apartheid social. Elles sont liées, entre autre, comme les doigts à la main, à la question de l’accès à la connaissance.

Et ça va loin, au point que beaucoup ici considèrent qu’«apprendre» ne leur correspond pas. Je peux planter des clous, je peux casser des murs, par contre je ne peux pas compter, je ne peux pas concevoir ni même l’apprendre. C’est intégré et il faut du temps et de l’énergie pour s’en defaire. Du temps et de l’énergie pour admettre que le mètre carré n’a rien de réservé aux polytechniciens, aux génies à lunettes, d’autres qu’eux en soi. Et bien une fois passé ce champs d’ornieres vous devriez voir le tapis rouge déroulé et les volumes d’enthousiasme et de fierté enclenchés. Je les arrète plus, c’est désormais à moi de les calmer, sans ça on en fait effectivement des polytechniciens et moi je me retrouve tout seul sur le chantier. Je rigole évidemment mais si je me rappelle mes premières années d’apprentissage je crois pas avoir le souvenir d’un collègue aussi jubilant et motivé. C’était pas moi en tout cas.

Voilà, je voulais vous parler de cette autre dimension du projet de l’école de constructeurs populaires. Elle est chouette et ambitieuse encore ici. Elle ne concerne évidemment que les dimensions de ce projet mais elle illustre aussi une autre intention du processus révolutionnaire de faire de chaque occasion une opportunité d’apprentissage et donc d’ascension sociale.

Ne vous inquiétez pas, les critiques ne manquent pas, et ne manqueront pas. J’essaie d’abord de dégrossir un peu tout ça, poser quelques idées, la tâche n’est pas facile. Et en fait, pourquoi c’est dur? Pas tellement parce que j’ai faim, que j’ai une jambe dans le platre et que je ne peux pas descendre acheter du pain. Mais parce que parler d’une autre région du monde, de surcroît quand elle est engagée dans un processus politique aussi méconnu et diffamé que celui là, et bien il faut recommencer depuis zéro, changer d’occuliste et réaborder tout, vide de références, pour ne commencer seulement qu’à piger «poco a poco», ou «petit a petit» comme disent souvent les vieux ici.

-«la dictature donc, … y a pire»

Je serais bien incapable de te faire un topo global du projet révolutionnaire bolivarien. C’est évidemment trop de choses et à l’arrivée une somme de trucs que je ne peux pas du tout ordonner. De plus, j’y passerai pas 10 jours, alors je t’invite à chercher tout ça toi meme. C’est pas les sites qui manquent pour peu qu’on les lise dans leur contexte. Ce que je peux faire par contre c’est te raconter des trucs pèle-mêle et donc en oublier mille autres.

Mais par quoi commencer?

Déjà l’histoire du projet de rénovation de la Pastora illustre 2 intentions essentielles de ce gouvernement :

- descendre le politique en arrétant d’en faire une activité indépendante de la vie du citoyen. Le «pour et par». Ils disent ici «co-responsabilité». Les politiques, le Politique, est au service de sa communauté, à elle de se rencontrer, de s’organiser, débattre, travailler puis de le saisir. Il y aurait beaucoup d’exemples à citer ici, sur des lieux et champs differents.

- ensuite, s’attaquer à la colonne vertébrale d’une société inégalitaire : l’accès au savoir. Lettrer, former, casser les structures de la reproduction sociale et faire de chaque occasion une opportunité à l’apprentissage, à la formation. On peut désormais gratuitement et à tout âge, le soir ou les samedis, apprendre à lire et à écrire, reprendre une instruction primaire ou secondaire, préparer un Bac ou suivre une formation universitaire….. 3 de mes élèves préparent leur bac, mon ancienne proprio apprend à lire et écrire, elle a 68 ans.

Bon, seulement le projet de la restauration de la Pastora ne dit pas tout. Dommage. Je suis bien emmerdé maintenant pour savoir quoi et comment continuer. Tant pis, il faut désormais passer par la case «constitution bolivarienne», elle pose, de fait, les cadres de ce projet révolutionnaire et ne nécessite ni aspegic, ni traducteur.

Tout d’abord il faut savoir que cette constitution n’a été écrite ni des dix doigts d’Hugo Chavez, ni de ceux de Valerie Giscard d’Estaing, cela dit personne ne l’avait soupçonné. Elle est le résultat du dépouillement d’une gigantesque consultation nationale, de la mère de famille à l’agriculteur des Andes, du taxi aux communautés indiennes d’Amazonie ou d’ailleurs. Rappelez vous comme il a été agréable de ne pas avoir été invité a participer à l’écriture de la constitution européenne. Rappelons nous aussi de son résultat. Serait-ce trop difficile ou serions nous trop cons pour le faire? Je crois plus simplement qu’ils ne seraient pas tout a fait en mesure d’assumer nos suggestions et que d’ailleurs elles ne les intéressent même pas semble-t-il. Bref, nous ne l’avons pas fait et ça en dit long, le Vénezuela l’a fait et ca en dit long aussi.

…. je continue.

- Les consultations populaires, ou référendums, sont démultipliées et là on n’aura jamais vu dictature et dictateur aussi laxistes, écoutez ca :

Les mandats sont révocables à mi parcours. Si un nombre égal ou superieur à 20% de l’électorat en fait la demande, on reprocèdera à une élection de mi mandat qui dira si l’élu est revoqué ou maintenu. De la même manière, un texte de loi contesté par un nombre égal ou superieur à 10% d’électeurs fera l’objet d’une consultation. Enfin cerise sur le gateau, un décret presidentiel lui même peut etre soumis à référendum au delà d’ une demande de plus de 5% de sa population.

- Les droits indigènes.

Ils sont inespérés en Amerique Latine. Non seulement on reconnaît ses peuples, leurs particularités sociales, économiques, culturelles et de cosmovisions mais en plus on s’astreint de les protéger et de les promouvoir! Le zéro % de ces droits va bientôt fêter le 14eme anniversaire de guerre entre l’ EZLN et le gouvernenment Mexicain. Ce si poli gouvernement mexicain, cette si impeccable démocratie mexicaine. Pas de bruit, pas vu. Combien d’autres lieux et formes de négations de ces peuples ailleurs en Amerique Latine? Combien et depuis combien de temps? Mais c’est comme ca, le Vénezuela est grossier, le Mexique ou ces voisins de bon gout.

- Les droits à une sexualité gigantesque, libertine et de type polygamique:

Article 44 de la constitution : «En tous lieux et heures les vénézueliennes et vénézueliens, ou étranger vivant depuis plus de un an sur le sol vénezuelien, (ce qui est mon cas) ont le devoir systematique de ……………., énorme…t’………., …………..plus envie». Non j’déconne y’a pas ca. C’était pour que vous veniez!

Y’a pas non plus l’interdiction formelle de travailler quand on en n’a pas envie.

Bon plus sérieusement, je vais pas additionner quarante autres éléments de la constitution. Il faudrait ensuite aussi s’enchainer ce qu’est la ribambelle de programmes sociaux, la réforme agraire, etc… J’ai la flemme et puis tu peux le faire. Voilà déjà en tout cas quelques perles significatives des intentions politiques vénezueliennes. Elles n’ont rien a nous envier et balancent un sacré coup de vieux aux cadres de nos organisations européennes.

Le maire de Londres s’est fait botter le cul pour avoir déclarer que la constitution bolivarienne était la plus progressiste au monde. Je ne sais pas si c’est vrai, on peux dire en tous cas, texte pour texte, qu’elle va au dela des ambitions de notre si indiscutable constitution française. Par la même occasion, on peut dire qu’il existe bel et bien des coups de pieds au cul dont on peut être fier.

Autre chose quand meme, le projet régional bolivarien.

En peu de mots : casser les structures de «domination» (pour le dire très poliment) du Nord sur le Sud et substituer chacune de ses pierres par une contre proposition d’organisation horizontale et autonome. Proposition de création de la Banque du Sud pour se défaire des doigts collants et mal intentionnés du FMI ou de la Banque Mondiale. Mise en place de traités économiques alternatifs a ceux du TLC. Multiplication des partenariats industriels et de recherche. Mutiplication des programmes d’aide au développement. Multiplication des échanges non marchands (pétrole contre medecin , pétrole contre instituteurs, pétrole contre formations universitaires (Cuba), pétrole contre bétail ou lait (Argentine, Colombie), pétrole contre maïs ou haricots céréales (Guatemela, Salvador, Nicaragua, Bolivie, Equateur) etc…). Développement d’infrastructures de transports et de communication. Démultiplication des ambassades et relations diplomatiques vers l’Afrique ou l’Asie.
Bref, tout ce qui participe de la création de liens économiques, sociaux, humanitaires ou culturels des pays du Sud et ce dans l’idée d’établir, enfin, des conditions de développement, d’échange et d’entraide. Son contraire donc, quasi mot pour mot. Le grand voisin du Nord lui, est hors jeu, on ne lui demande ni son avis, ni ses bénédictions. Voilà, ces grands chantiers sont en route ou en gestation, ils portent en eux le culot d’une libération et l’ambition de faire de la politique autrement.

Bon, c’est ici que j’arrète, cette partie est définitivement trop chiante a écrire parce qu’elle ne peut qu’aller dans tous les sens, enfiler les perles, survoler et oublier mille autres choses, à commencer par le pourquoi du comment. Tout ça vous le trouverez ailleurs, je voulais juste donner à gros traits une idée des intentions significatives de ce projet. Je passe maintenant où ça fait mal, le «mais des fois ça fait chier quand même»

«…. mais des fois ça fait chier quand même»

«Con et en plus fait exprès», «con mais par contre fait pas exprès», et «la faute à qui?», voilà trois manières d’ordonner les mille et une critiques à faire sur ce processus révolutionnaire.

-«con et fait exprès»

Je crois qu’en numéro un nous avons les amitiés improbables de Chavez : Amanhineyad, président de l’Iran, en tête à mes yeux. J’ai sûrement une vision bien naïve de ce qu’est la politique internationale, c’est pourquoi je veux bien admettre que le Vénézuela comme les autres ait à serrer la pince de mille doigts réactionnaires, anti démocratiques ou assassins. Le Vénézuela et l’Iran ont une thématique capitale en commun. La question de la souveraineté énergetique. Elle a à voir fondamentalement d’ailleurs avec la question plus large des conditions de libération et de développement des pays du Sud. Si c’est ainsi, qu’ils travaillent donc ensemble sur ce sujet. Mais qu’ils le fassent dans la limite des distances de leurs projets politiques respectifs. Selon moi et jusqu’à preuve du contraire, l’Iran d’Amanhineyad n’est pas un ami de la révolution bolivarienne et ne mérite donc de fait ni amitiés privilégiées, ni démonstrations de respect particulier. Chavez dessert ici le projet bolivarien en offrant a ses ennemis l’occasion de l’amalgamer. La liste peut être étendue, les empoignades de bien pietres projets d’émancipation ne manquent pas.

Autre chose. La valorisation excessive de l’armée vénézuelienne. Peut-être qu’ici des dimensions profondes de l’Amérique Latine m’échappent. L’armée et ses canons sont de fait un orgueil national peut-être même l’image d’un pays en essor. Ils font ici en tout cas l’objet de trop larges et fréquents articles de presse ou speech présidentiels. L’arrivée d’helicos ou de kalashs sont quasi l’occasion de fêtes nationales, en tout cas de cérémonies en grandes pompes. Je ne crois pas que le Vénezuela soit aujourd’hui spécialement dans une logique d’armement. La forme elle, fait chier, mais c’est encore peut-être pas tout à fait piger les dimensions des choses. Je prefererais moins en entendre parler et limiter encore les occasions de voir carricaturer Chavez.

Autre chose. Grave. Les portes du dialogue national peuvent être parfois claquées sur la gueule des vénezueliens. Le Vénezuela est un pays coupé en deux. D’un coté les chavistes, de l’autre, les anti-chavistes. Sur chacun des flancs de cette sale guerre, (j’y reviendrai plus bas) quantité de vénezueliens a perdre ou convaincre. Le non renouvelement de la concession du canal d’opposition Rctv ne m’a pas du tout posé probleme. Rctv «est» une chaine (elle diffuse maintenant sur le câble) violemment anti-démocratique, putshiste et mensongère. Qu’elle aille donc bouffer du pain sec sur le satellite, elle et ses escrocs à micros. Ma déception n’est pas là. J’attendais par contre deux choses. La première, une consultation nationale. Elle aurait légitimée ou pas le non renouvellement d’rctv et puis elle aurait permis aussi l’énorme occasion d’un dialogue national sur la question des moyens de communication. Ensuite, je voulais voir une autre gestion de ce conflit de la part de Chavez. Bien sur, il faut absolument mesurer comme les dés de ce conflit étaient pipés. C’est une usine à billets de banque qui a été mise au service du mouvement d’oppositon à la fermeture d’Rctv. L’occasion était trop belle de parler défense des droits de la presse et par la même, hurler dictature! Il fallait donner du volume à ce mouvement, tenter de lui donner de la gueule, la gueule d’une mobilisation massive et contre Chavez . Il est rentré dans le panneau, tous n’étaient pas instrumentalisés et ne demandaient qu’un peu plus d’écoute, de débats ou d’explications. Je crois qu’y compris chez des chavistes, beaucoup de vénezueliens ne se sont pas sentis entendus ou pris en compte sur ce sujet. Ca craint.

En l’écrivant, je me demande quand même si ce paragraphe ne devait pas plutôt rentrer dans les «mais la faute à qui?». Tant pis je le laisse ici, il est quand même à cheval.

-«con mais fait pas exprès»

Je crois que ce qui fait le plus flipper sur l’avenir de ce processus c’est l’incompétence hallucinante de beaucoup de ceux qui sont censés le mener. A des niveaux de responsabilité cruciaux on peut trouver, au choix, un ou une : cancre, arriviste, paumé(e), branleur(se) ou voleur(se), moins souvent quelqu’un de compétent et bien intentionné. Je le vois dans mon travail et je l’entends d’à peu près n’importe quel autre projet. C’est l’une des raisons essentielles des difficultés et échecs que rencontre la mise en oeuvre de cette révolution. C’est parfois désespérant, il faudra du temps pour armer ce projet de gens dignes et aptes à le mener.

La bureaucratie. Autrement dit la plaie. Une de plus et une belle. Ce processus s’en passerait bien. Les vénezueliens et le Vénezuela ont plus que jamais besoin d’une administration et d’un Etat réactif, ils ont à la place un boulet d’institution. La bureaucratie tue l’action du processus et à petit feu l’espoir de voir des changements forts s’opérer rapidement.

La corruption. Autrement dit la gangrène. La Gan-Grrrrrène! Ici et à peu près partout ailleurs en Amérique Latine tout s’achète et sans chichi. Un flic, un médecin, un député, un permis de conduire ou des grenades de l’armée. La révolution bolivarienne ne l’a pas inventé, pas même le Vénézuela. Si on veut parler corruption en Amérique Latine, il faut parler culture! C’est terrible. Bref, le Vénézuela et cette révolution malheureusement ne font pas exception, c’est une grande vidange intestinale à réaliser, il faudra du temps, pas mal de temps probablement.

-«la faute à qui dejà?» On écrase de son poids mais sans toucher de ses doigts. Pas vu pas pris, je t’étouffe par contre c’est pas moi qui pousse.

La révolution vénézuelienne compte peu d’amis, c’est peu de le dire. Non contente de cela, elle se paie par contre le luxe de s’enregistrer les pires ennemis de ce monde.

Elle est désormais menacée de mort et ce depuis le jour ou elle a prononcé ses premiers mots, ses premiers voeux. Ce n’est pas le paranoïaque que je ne suis pas qui le dit, c’est le sort que réserve l’histoire à toute véleité d’indépendance.

La révolution bolivarienne est depuis cette date mise en danger et le sera sûrement toute sa vie.

Elle le sera toute sa vie parce qu’elle est tout simplement anti-capitaliste et que l’on ne rigole pas avec l’argent de ce monde. Elle le sera toute sa vie parce qu’elle est émancipatrice aussi et qu’ on ne rigole pas non plus avec les libertés des peuples du Sud. Enfin elle le sera toute sa vie, parce qu’on ne laisse pas respirer une bête que l’on ne peut soumettre.

Elle sera étouffée, vivante, ou déjà morte à l’image de Cuba mais tout, et plus, sera mis en oeuvre pour qu’elle ne puisse s’exprimer, se réaliser, ne serait ce que s’essayer librement.

Il existe deux manières de faire la guerre. Celle des mains dans la confiture, autrement dit celle qui tâche. C’est celle de la force et l’illégalité. Celle du coup d’état d’Avril 2002, celle de la grève patronale de… 2004 ou celle de tentatives d’assassinats politiques, passés ou a venir.. Elle n’a fait jusqu’à présent que dévoiler la nature profonde des opposants de Chavez et renforcer la cohésion de ses partisans.

Aujourd’hui une autre cuisine est en place. C’est celle du petit feu, plus lente mais moins salissante. Elle consiste a pourrir le jeu et ses conditions puis à attendre que l’adversaire passe à la faute.

On ne se prive d’aucune forces, moyens ni procédés. En fait il ne suffit que de beaucoup d’argent et de journalistes.

Les puissances économiques du pays sont cordialement invitées à se rencontrer autour de petits fours et tables rondes. Il leur sera demandé d’unir leurs forces et autorités pour entraver et saboter autant qu’elles le puissent la marche et équilibre de ce processus. Il ne manque ensuite que les médias, les leurs d’ailleurs, pour mensonger, diffamer, manipuler et rédiger l’histoire d’une lutte pour la liberté. Tout est en place, les pieds et mains de l’adversaire sont liés, au processus, dans ces conditions de prendre tous les risques puisque le temps lui est compté. A lui d’avancer, faire, agir, créer, défendre et convaincre, et ce, dans les cadres du mensonge et de l’entrave qui lui sont imposés. Voilà une manière intelligente de faire la guerre; elle coûte du fric en journalistes, cravates et autres effets spéciaux, par contre elle économise des balles et la gêne de les tirer. On ne tue que la vérité et l’espoir, le sang, lui, ne coule pas, c’est bien joué.

Il ne reste donc qu’à attendre le faux pas, que la soupe soit chaude, j’y viens.

Ce que je vous racontais de la gestion du conflit autour d’Rctv en est un exemple.

Rctv est une télévision putshiste, elle n’aurait sa place dans aucune démocratie de ce monde. Il fallait qu’elle dégage. Aux potes d’Rctv de se mettre en branle, crisper les dents, pourrir le débat et ses conditions puis inviter à hurler dictature et mort a Chavez. Les portes du dialogue furent claquées et ce sur le dos des opinions de nombre de vénezueliens et donc des dimensions les plus profondes du processus. Celles du débat, de la concertation nationale. Poussé a la faute, ce gouvernement s’est viandé ici. Il a remis en question ses fondamentaux et sort perdant de ce conflit. L’opposition elle, une fois ses larmes de crocodile séchées, peut se frotter les mains, elle est déjà en train de gagner.

La participation aux élections révocatrices de juillet nous renvoie à une autre illustration de cette idée. Elle a été minable. Il fallait pourtant éjecter nombre d’elus chavistes incompétents ou vérolés par l’argent et le pouvoir, beaucoup souhaitaient leur révocation, bien peu l’ont demandée. Cet outil précieux de vie politique est remis à plus tard, ce n’est pas le moment de se diviser, pas le moment de s’en servir. L’électeur chaviste mange son poing, l’élu véreux, lui, reste en place.

Mais jusqu’à quand alors? Combien de temps faudra-t-il encore pour voir les cadres de cette constitution enfin libres de s’excercer? Libres d’interférences, de parasitages et entraves… Libres de s’essayer pleinement, libre tout simplement?

Pour le moment l’heure est à l’union et la défense de ce projet, on serre les coudes et les boulons, on avale de travers de temps en temps, les autocritiques nécessaires et par camions entiers sont remises à plus tard et on fait payer parfois aux ambitions profondes de cette révolution le prix de cette sale guerre, toujours la même, la lutte pour l’autodétermination et une proposition nouvelle d’organisation de la société.

«Le Vénézuela c’est genial, la France c’est de la merde!»

Pas du tout, ni même aucune des deux moitiés de cette phrase. Non, non, non et non! Pour preuve un vénezuelien qui le pense est tout aussi con qu’un français qui le dit.

Seulement, et ne croyez pas que ce qui va suivre ne me fait pas suer, la France, c’est à dire moi, toi, nous, est bien fatiguée d’etre ce qu’elle est.

Pour faire des grands pas faut regarder devant, et loin devant. Faut pas être kiné pour le savoir et ça c’est ce qu’on fait plus. Pas de projets collectifs, pas même d’envies collectives, encore moins un désir à être ensemble, pas de projections, de visions sur l’avenir, zéro, bref, plus d’idées, ni même l’envie, autrement dit, la panne.

«Merde!» Alors voilà, qu’est ce qu’on fait si on regarde plus devant? beh on regarde derrière. On se retourne, on regarde la tronche et les poches de son voisin, on se désigne des ennemis, on leur montre les dents et dès qu’on en a l’occasion, feu!

Vous savez ce qui marche ici au Venezuela? Ce qui marche c’est précisement une proposition sur l’avenir. Tout simplement. Une proposition dont on pensera ce que l’on veut mais à qui on ne pourra pas enlever d’avoir réveillé dans son pays des forces de discussions énormes. Ici il est bien difficile de trouver quelqu’un sans opinion. C’est sur, vous me direz qu’ici les projets politiques ne s’affrontent pas sur le détail. Mais c’est parce que ce sont finalement moins des projets politiques que de vraies visions du monde, de la richesse, de la justice, de l’histoire ou l’avenir en soit, que cette société vénezuelienne est si vive, créatrice, dans le vrai ou l’erreur, l’ambition ou la connerie.

«Si vous ne trouvez plus rien, cherchez autre chose!» C est Brigitte Fontaine qui dit ca. Et beh c’est ça.

On regarde plus que nos pieds. On regarde plus que nos pieds tellement on a peur de s’arrêter figé. «j’fais pas du sur place, j’fais pas du sur place, j’fais pas du sur place» ou «j’ai la pêche, j’ai la pêche, j’ai la pêche». C’est pour dire, on a presque même arrêté de se regarder le nombril.

Pourquoi elle est chiante à mourir notre société? Beh la réponse est dans la question; parce qu’elle se fait chier! Tout simplement. Et pourquoi elle se fait chier? Beh naturellement, parce qu’elle sait plus quoi faire, ou inventer. Moi par exemple, quand je sais plus quoi faire beh j’me fais chier et quand je me fais chier beh j’ai les joues qui gonflent, les épaules qui tombent et le dos qui courbe. Beh c’est pareil, ça fait quoi tout ça; beh une tête de con.

Bon beh c’est ce même malade qui veut donner des leçons? Et de quoi déjà? De démocratie? De vitalité politique? De grand journalisme? Une tête de con orgueilleuse et prétentieuse en plus.

«Nous sommes préoccupés par la situation politique au Vénezuela». Imaginez un instant Chavez le dire de la France. Ah non, nous par contre tout va bien, on aurait tellement d’avance d’ailleurs qu’on n’en serait même déjà arrivés à la fin du jeu. On attendrait les autres alors?

Et la gueule des dernières élections présidentielles? «participation historique! la démocratie se porte bien!,…. ouf!» Tout de suite derrière les législatives,…. «oh merde, participation minable, fausse alerte! Chié!» C’est ça une société qui va bien et qui peut se permettre de donner des leçons? On a passé la main. Aujourd’hui et pour le moment, c’est plus en Europe qu’on s’invente, qu’on rêve et qu’on marche ensemble.

Ca reviendra, j’en suis sûr. C’est juste trop tôt. Comme un futur bon pinard à vieillir. J’ai confiance, il y a des raisons d’espérer. Le P.S est à l’article de la mort et la droite arme le barillet de son tir dans le pied.

On trouvera des nouvelles formes, de nouveaux objectifs, d’autres ambitions, alors seulement, on leur bottera le cul et avec le sourire,….enfin.

Voilà, en somme écrire ce texte n’avait qu’une intention. Je voudrais te dire de mes quelques décibels comme la réalité d’une tentative d’organisation nouvelle ne correspond jamais ni aux récits de nos médias ni à la naiveté de nos fantasmes. Le processus révolutionnaire bolivarien est bardé d’erreurs et de risques, il reste irréductible en une chose: sa tentative magnifique de justice, de liberté, de courage et d’imagination que personne, sauf le meuteur, ne pourra nier.

Vive la révolution, Vive Chavez.

Philippe

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Je ne me doutais pas…

Classé dans : Regard — laness @ 1:13  

Je ne me doutais pas, ce jour d’avril 2006, en attendant notre contact sur cette passerelle rouge, deux heures à peine après avoir posé les pieds au Venezuela, que cette passerelle rouge serait tout un symbole pour moi en y repensant un an et demi plus tard.

Je ne m’en doutais pas quand je voyais ces vieux engins roulant importé du voisin étasunien défilé sous cette passerelle rouge.

Je ne me doutais pas de l’importance que revêtirait pour moi la couleur de cette passerelle, rouge, en y repensant un an et demi plus tard.

Je ne me doutais pas que rouge allait être la grille en bas de chez moi.

Rouge la porte d’entrée de ma maison.

Rouge les tabourets de chez moi sur lesquels je pose tous les jours mes fesses.

Rouge cette serviette de bain, appartenant à mon défunt grand père, récupérée lors d’un passage en France six mois plus tard et qui allait désormais accompagner chacun de mes réveils.

Rouge les soleils couchant de ce pays de feu.

Rouge les immenses terres de l’Avila, chaîne rocheuse semblant protéger Caracas de ses dix doigts bien tendus.

Sur ce mur devant lequel je passe tous les jours un an et demi plus tard : rouge ce graffiti des Tupamarus, nom des habitants d’un quartier : le 23 de enero, renommé pour sa résistance pendant la dictature de « Gimenez » et celle de la « sociale démocratie » de Carlos Andrés Perrez.

Rouge cette coccinelle volkswagen qui a transporté le président de ce pays, Hugo Chavez, lorsqu’il est venu voter dans ce même quartier de rebelles, armés, prêts à dégainer pour lui, fatiguéEs qu’ils sont d’avoir toujours été enfoncé un peu plus dans la misère à chaque gouvernement antérieur.

Rouges les pensés de ce guevariste cubain rencontré ici à Caracas, on ne sait comment, devenu aujourd’hui un ami et qui aura joué un grand rôle quant à la formation de ma pensée politique.

Rouges les innombrables tee-shirts faisant l’apologie d’un gouvernement dont le mot d’ordre est : « désormais le Venezuela est à tout le monde » portés par toute une frange de la population.

Rouge cette marée humaine, vague de dignité, qui sort dans la rue, la prend à bras le corps, à pleins poumons, pour défendre ce processus appelant à la participation de toutes et de tous à la vie politique du pays.

Rouge cette barque qui nous a transportés quelques camarades et moi au plus profond de l’Amazonie, auprès du peuple Yanomami, oublié, délaissé, loin si loin de toutes ces batailles urbaines.

Rouge aussi le sang de ces paysans assassinés au sud ouest du pays, à la frontière colombienne, zone de déstabilisation du pays et de déchirements entre les deux armées régulières, les paras militaires colombo étasuniens, les guériller@s et les habitants créoles et indiens.

Rouge enfin cette couleur devenue pour moi symbole d’un espoir profond.

Le Venezuela n’est pas ce pays de mes rêves : utopiques, fous, teintés de liberté, de justice et de dignité.

Le Venezuela n’a pas fait disparaître cette verticalité politique, cette échelle d’importance, cette hiérarchie entre êtres humains, il n’a pas déconstruit l’indispensable, à mes yeux, pour la mise en place d’une véritable révolution.

Le Venezuela ne s’est pas débarrassé de ces nombreuses traces laissées par l’empire voisin qui l’a longtemps dominé, stigmates omniprésentes qui ont mutilés les racines culturelles de ses habitants.

Le Venezuela n’est pas ce pays affranchi de sa propre malédiction, qui est aussi sa fortune première : l’or noir. Celui la même qui coule dans les veines de cette terre tout à la fois sombre de tant de richesse difficilement contrôlable et lumineuse de tant de richesse émancipatrice.

Le Venezuela incapable de faire son autocritique, encore moins de supporter une critique, pourtant, selon moi, encore une fois indispensables à la mise en place d’une véritable révolution.

Le Venezuela, dont la Nature sans cesse salie par les mains de ses habitantEs insoucieuSESx hurle son ras-le-bol, dont le machisme est si outrageusement affiché, dont la corruption et la bureaucratie sont encore les piliers de l’état, dont une nouvelle bourgeoisie semble se préparer des jours heureux, le cul bien au chaud.

Le Venezuela dont les alliances politiques internationales me sont bien désagréables, d’un côté Ahmadinejad et sa révolution religieuse…, de l’autre le futur Empire de Chine néo-capitaliste à outrance, de l’autre encore la Russie massacreuse de tchétchènes.

Le Venezuela dont les choix politiques me semblent encore insuffisamment radicaux, trop mous, pas assez subversifs, novateurs, déconstruits…

Mais ce Venezuela possède aussi et surtout en lui un rouge feu maculé d’un espoir que peu de pays ont la chance de pouvoir revendiquer aujourd’hui. Espoir qui, à lui seul, balaye tous les arguments accusateurs, jugeurs, condamnateurs cités ci-dessus…

Parce que ces arguments ont tous leur explication rationnelle, historique, culturelle, stratégique et donc leur contre argumentation que le lecteur un peu curieux retrouvera au fil de ces pages.

Parce que, au fond, sincèrement, qui sommes-nous, nous petitEs européenEs engluéEs dans un néo-conservatisme crade et dégoulinant d’actes politiques rétrogrades, réactionnaires, et profondément inhumains confortant dans leurs fauteuils des élites qui pissent allégrement sur la masse résignée, vaincue, docile, soumise comme des ouvrierEs à leur misère ?

Qui sommes-nous, nous qui ne connaissons même pas l’histoire de ce pays ? l’ampleur du chantier en cours ? la vie, tout simplement, la réalité de la vie des gens qui l’habitent ?

Yann

 

 
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